| Sujet | Ithika Zorath |
| Classe | Capsulier |
| Statut | Actif |
Physiquement, ce réceptacle organique fonctionne avec une précision glaçante. Lorsque j'arpente les coursives de Tash-Murkon Prime, extrait du fluide hydrostatique de ma capsule, je m'impose une impassibilité totale. Je parle peu, mes réponses sont brèves ; c'est la rigueur silencieuse que l'on attend d'un soldat de ma lignée. Pourtant, sous cette chair, je me sens étranger. L'autonomie de mon nouveau statut n'est qu'un mirage. Ma véritable existence ne reprend que lorsque le sarcophage de verre se referme sur moi et que mon esprit s'unit à la structure de mon navire.
Ma résurrection reste une blessure ouverte pour l'Empire. Le MIO n'a jamais digéré d'être arrivé trop tard pour empêcher mon extraction corticale. Me voir marcher dans leurs couloirs est une aberration, un blasphème que seule l'incommensurable fortune de ma Maison a pu acheter auprès du Conseil de Théologie. Ils me surveillent, espérant une faille.
Ils ne comprennent pas que ma loyauté envers Lady Arissa a transcendé les limites du sentiment. Elle est devenue mon Icône inaccessible. Je ne suis plus un homme soumis à la corruption des émotions.
Toutefois, je reste un esclave de luxe. Le Mandataire des Opérations Joppa Atzi incarne ma laisse. Enseveli dans le centre de commandement du Bureau Tash-Murkon, il scrutera mes moindres faits et gestes avec l'aridité d'un inquisiteur comptable. Pour lui, je suis un abîme financier, un atout de terreur dont il faut rentabiliser la dîme du sang. Ce qu'il ignore, c'est l'autel vers lequel je marche : la canonisation martiale.
Le 21.02.YC128, dans le vide du système Lari, mon vaisseau a été détruit.
Une faille dans l'analyse des échos de mon scanner directionnel (D-Scan) m'a précipité, aux commandes de mon destroyer Coercer, dans une anomalie si profondément enfouie qu'elle grouillait de la vermine de Sansha Kuvakei. L'embuscade portait la signature d'un croiseur d'élite True Sansha. Sous le déluge de ses lasers, mes boucliers se sont évaporés. L'acier impérial a pleuré sous l'assaut thermique. Les Sanshas... ces esclaves évidés de leur âme pour y couler du silicium, sont des erreurs de l'architecture cosmique. Avoir laissé mon navire fondre sous les tirs de cette putréfaction cybernétique fut un affront à ma propre discipline.
Anticipant la dislocation, mon interface neurale avait déjà hurlé l'ordre d'extraction. Le vecteur de warp était aligné. Mais l'univers impose parfois des frictions insupportables. Une seconde. Un cycle machine entier de décalage entre l'éclair de mon cortex et la saturation du moteur de distorsion. Durant ce battement de cœur stérile, le temps a refusé de plier. Le vaisseau s'est brisé. Dans l'instant précis de la décompression, mon équipage de maintenance a été vaporisé.
Pour cautériser cette honte, le mandataire Atzi a brisé les scellés pour m'offrir des filaments de données Triglavian. L'immersion dans l'Abyssal Deadspace est une violation des lois de la Création, une hérésie où la Lumière de l'impératrice vient mourir. Le creuset parfait pour éprouver ma foi. J'ai arrimé ma capsule à une frégate de combat Punisher.
Isolé dans le froid d'un point de saut aveugle, j'ai activé le filament géométrique. Aussitôt, l'habitacle exigu empesta la terreur : le cortisol saturait les recycleurs d'air du pont inférieur. Quarante-trois itérations. Quarante-trois fois, j'ai enfoncé le blindage du Punisher dans les tempêtes électriques. Seules les lourdes pulsations de mon Capacitor et les crachats de mes lasers scandaient le tempo de mon rituel. Chaque fraction de seconde arrachée au-delà de la fenêtre de viabilité signait son effondrement.
Lari m'a rappelé une vérité brutale : mon humanité se dissout un peu plus à chaque immersion. Sous la pression du fluide, ce qu'il reste de l'homme s'efface. Et c'est exactement ce que je recherche. Je ne cherche pas le pardon pour mon existence. Je cherche la reconnaissance de ma nature divine. Je rachèterai ma place par le sang, jusqu'à ce que le dernier écho du chaos soit étouffé par le silence de ma perfection.
De retour dans l'isolement de mes quartiers, j'ai disséqué la télémétrie de ma mort à Lari. Milliseconde par milliseconde. En isolant la signature de tir du croiseur True Sansha qui m'avait abattu, mes algorithmes d'analyse ont soulevé une anomalie impossible : la matrice de commandement neurale ne présentait aucune friction organique. Le délai de traitement du pilote ennemi était... nul. Une simultanéité absolue.
Le MIO considère toute technologie de la Nation comme la pire des souillures. Exposer mon intérêt pour leur architecture neurale suffirait à éveiller les soupçons de l'Inquisition. Pourtant, orienter mes armes vers la Nation Sansha m'offre désormais une convergence tactique et théologique. Chaque affrontement contre un True Sansha sera une vivisection de leur hérésie. Par le feu de mes lasers, je libère ces âmes égarées.
Le mandataire Atzi croit que ces missions sont ma laisse. Il ignore que cette traque sera l'instrument de ma libération. En purifiant l'espace de ces abominations, j'étudierai cette architecture sacrilège sous le masque inattaquable du zèle religieux. C'est une trajectoire dangereuse, mais le silence absolu de leur hérésie m'obsède désormais.