| Sujet | Ithika Zorath |
| Classe | Capsulier |
| Contrat | Dîme du Sang perpétuelle |
| Statut | Actif (surveillance MIO) |
Ithika Zorath est né sur Nafomeh III, une perle de silice aride nichée dans la constellation de Somi, à des lieues de l'opulence des mondes capitaux. Sa naissance fut inscrite dans l'austérité d'un ciel de plomb et d'une pression atmosphérique écrasante, là où sa lignée administrait un fief de Minor Holders avec la rigueur silencieuse de ceux qui connaissent leur place devant Dieu.
Les Zorath étaient des nobles de second rang, une famille laborieuse dont la dévotion se mesurait à la régularité des livraisons de Kernite et de Scordite envoyées aux forges impériales.
Toute leur existence était une liturgie de service dédiée à la Maison Tash-Murkon. Ithika fut élevé dans cette tradition : la richesse incalculable des Tash-Murkon forgeait les flottes, et des hommes comme lui payaient la dîme du sang en commandant leurs vaisseaux avec une loyauté pavlovienne. Sur ce monde stérile à 70°C, peuplé d'une main-d'œuvre servile vouée sans relâche à l'extraction minérale, il apprit que la Foi constituait une vérité tangible.
En YC 107, Ithika servait comme jeune officier au sein des forces paramilitaires de la Maison. L'équilibre des systèmes voisins vola en éclats lors de la tragédie de Mabnen. Le Covenant des Blood Raiders, guidé par la folie d'Omir Sarikusa, déversa des aérosols d'Insorum dans l'atmosphère de ce monde, brisant instantanément la dépendance chimique des esclaves au Vitoc.
Rendus fous par le manque et la haine, les Minmatar muèrent en horde déchaînée. Ithika, alors affecté à un escadron de destroyers Coercer patrouillant les routes commerciales du secteur, reçut l'ordre initial de sécuriser un complexe d'extraction vital en surface. Il capta le signal de détresse du Magnate de Lady Arissa Tash-Murkon, dont les sas venaient d'être forcés par des insurgés fanatiques.
Dans les coursives étroites et saturées de fumée, Ithika opéra avec un professionnalisme glacial, neutralisant chaque menace définitivement. Chaque décharge laser était le résultat d'un calcul instantané, ses tirs trouvant les jointures et les points vitaux des assaillants avec une économie de mouvement absolue.
Durant la décennie qui suivit, il fut son rempart officiel, la tête de pont de sa protection rapprochée lors de chaque apparition publique. Pourtant, dans l'intimité de leurs appartements pressurisés, Ithika devint bien plus qu'une garde : son Paladin clandestin. Une faute morale qui, si les Ordinateurs du Ministère de l'Ordre Interne (MIO) la découvraient, vaudrait à Ithika une exécution sommaire.
Tout bascula en YC 127, point de rupture d'une tension qui montait crescendo depuis la révocation du Décret d'Heideran en YC 121. Ce qui n'était alors qu'une décision impériale de Catiz I s'était mué, en six ans, en une guerre de l'ombre totale. Portées par une haine viscérale de l'ascension des Tash-Murkon, des factions conservatrices radicales finirent par briser le silence diplomatique en prenant Lady Arissa pour cible.
Le sabotage fut d'une subtilité venimeuse : une neurotoxine militaire inodore infiltrée dans le circuit de recyclage d'air pour simuler une défaillance organique. Les capteurs environnementaux de l'armure d'Ithika hurlèrent une alerte une poignée de secondes avant la léthalité totale.
Par réflexe, il projeta Arissa dans le Panic-Vault, le sas de survie renforcé. Seul le verrouillage manuel depuis l'extérieur permettait de sceller la porte, le panneau interne ayant été neutralisé. Ithika accepta de rester dans l'habitacle saturé de poison pour garantir l'étanchéité du sas. Il verrouilla la chambre, offrant la vie à Lady Arissa. Tandis que ses poumons se gorgeaient de mort et que son système nerveux s'effondrait, Arissa, impuissante derrière le verre blindé, déclencha les protocoles incendie. Elle inonda la zone de mousse cryogénique, suspendant l'agonie d'Ithika dans un coma de glace au moment précis où la neurotoxine allait consumer son cortex.
Pendant une année standard, le corps brisé d'Ithika demeura suspendu dans le silence d'un caisson de stase, dissimulé au cœur d'un complexe orbital privé. Mais Arissa ne cherchait pas seulement à préserver sa dépouille : elle finançait l'indicible. Dans l'Empire, l'accès aux protocoles de transfert de conscience est un privilège divin strictement hiérarchisé ; tenter d'offrir l'éternité à un simple Minor Holder par des voies clandestines constituait une hérésie infomorphe sans précédent.
Ce fut l'Impératrice Catiz I elle-même qui signa l'arrêt de mort sociale de sa parente. Alertée par l'Inquisition de flux massifs de crédits vers des laboratoires de clonage illégaux, l'Impératrice ne pouvait faiblir. Pour une souveraine dont la légitimité était déjà contestée par les lignées traditionnelles, couvrir un tel sacrilège en faveur d'un petit noble aurait été un suicide politique. Elle ordonna aux Ordinators du Ministère de l'Ordre Interne de purger l'anomalie. Arrachée à son sanctuaire, Lady Arissa fut déchue et livrée au Conseil de Théologie, condamnée à l'oubli sous le voile d'une "retraite spirituelle perpétuelle."
Cependant, le MIO échoua à s'emparer d'Ithika avant l'acte final. Enfreignant la « Doctrine de la Chair Sacrée », les savants qu'Arissa avait grassement payés activèrent le protocole ultime alors que les troupes impériales forçaient les portes du complexe.
Le laser de combustion balaya et incinéra le cerveau d'Ithika en pleine activité, extrayant son essence par un snapshot cortical violent quelques millisecondes avant la mort biologique. Lorsque les agents du MIO investirent enfin la salle, ils ne purent que constater l'irréversible : la chair était calcinée, mais l'esprit s'était envolé. Le Sacrilège était consommé.
Désormais investi du statut de Capsulier, Ithika Zorath jouit d'une liberté technique totale et d'une immortalité que le commun des mortels contemple avec effroi. Pourtant, cette autonomie n'est qu'un mirage : il est devenu l'esclave de luxe de la famille Tash-Murkon. Le verdict du Ministère de l'Ordre Interne est sans appel : pour préserver la pureté de la lignée, Ithika a interdiction formelle d'approcher, de voir ou même de contacter Arissa. Sa suzeraine est devenue une icône inaccessible, enfermée dans un cloître dont il est le gardien externe mais jamais le visiteur.
La capsule s'est refermée sur lui comme un sarcophage de verre, scellant un contrat éternel. Le fluide hydrostatique emplit ses poumons, les interfaces neuronales fusionnent avec son rachis, et son esprit s'unit à la structure même de son vaisseau. Il ne défend plus seulement la Foi et l'Empire ; il rachète chaque jour, par le sang et l'acier, la vie de la femme qu'il ne pourra plus jamais contempler qu'à travers le spectre de ses capteurs.